UN PARTI DE LA BANLIEUE CONTRE LES DISCRIMINATIONS
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Lancé le 31 octobre 2013 à Aubervilliers par Abdel-Malik Djermoune, le Parti de la Banlieue se veut une organisation politique inscrite dans la durée pour défendre le multiculturalisme présent dans l’Hexagone. Présentation de ce nouvel arrivant de la sphère politique.

Abdel Malik Djermoune ne baisse jamais les bras. Ce quinquagénaire habitant la Seine-Saint-Denis et né à Aubervilliers lance un pari, à quelques mois des élections municipales : la création du Parti de la Banlieue “pour faire exister le multiculturalisme”, dit-il d’entrée. Cet enfant d’Aubervilliers veut devenir le porte parole de “cette France qu’on entend pas et qui représente la majorité du territoire.” Car à ses yeux la banlieue va des barres d’immeubles à la France profonde :  “J’ai choisi le terme banlieue car il rassemble toutes les discriminations. Ce mot est stigmatisé dans la représentation mentale de notre société.”

“Souvent on parle de la banlieue à travers des marches comme la Marche pour l’égalité en 1983, ou à cause de manifestations ou d’émeutes comme celles de 2005, ou simplement parce que le gouvernement a décidé de mettre en place des plans banlieues.  Mais aucun parti politique ne se penche complètement sur la question.” explique l’homme à la chemise bleue impeccable et aux cheveux légèrement gominés. Ainsi à ses yeux il serait temps que les partis politiques classiques pensent et abordent la banlieue à travers ses habitants et leurs diversités.

“La banlieue ouvrière a laissé place à une banlieue chômeuse”

Né en 1963 à Aubervilliers de famille algérienne “enfant le racisme m’a sauté aux yeux alors que je suis Français. Comme moi beaucoup de jeunes et moins jeunes l’ont vécu ou le vivent encore au quotidien.” raconte-t-il. Son récit il le parsème d’anecdotes illustrant les difficultés auxquels les habitants des quartiers populaires sont confrontés. “Avant, Aubervilliers c’était une ville ouvrière. A midi les rues se remplissaient de casques bleus.” Aujourd’hui de l’autre coté du périph “la banlieue ouvrière a laissé place à une banlieue chômeuse car  personne s’en soucie” s’attriste-t-il. “Aubervilliers est une ville de près de 72.000 habitants mais dont la majorité n’est pas d’origine franco-française.” Il suffit de regarder et se promener, alors que dehors il gèle, les rues grouillent d’habitants originaires des quatre coins du monde autour des commerces, kebabs et magasin tout à 1€50 proches de la station Quatre chemins.

L’agent territorial a un parcours politique aussi varié que variable mais toujours fidèle à sa banlieue. Du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement, au mouvement Regards citoyens en 2004 au magazine du même nom. Il devient le représentant du club de Dominique de Villepin et de son mouvement République solidaire dans le 93. Entre un homme politique et l’autre il atterrit à la mairie d’Aubervilliers pour diriger un Observatoire des engagements auprès du maire socialiste Jacques Salvator.

 Un parti qui s’inscrit dans la durée ?

Aujourd’hui depuis son bureau à la mairie il gère le devenir du parti. Simple et froid, aucune affiche. Il se prépare depuis deux ans au lancement de ce nouvel acteur politique. Depuis une petite armoire au fond de la pièce il sort fièrement une carte d’adhérent. “Ils sont déjà 200 à adhérer au parti,” s’auto-félicite Abdel Malik Djermoune. Il assure que des mails arrivent tous les jours pour interroger ou s’associer à son initiative. 200 adhérents et déjà treize sections locales (Lyon, Orange, Marseille..) dont cinq en Île de France. Il se dirige vers la grande table au centre de la pièce et montre satisfait un logo stylisé où figurent comme une sorte de pied de nez aux clichés ce qu’il imagine les symboles de la banlieue : la casquette des jeunes des cités et la barre HLM dessinés au dessus de la France.

Avec son Parti de la banlieue, son projet politique est tout autant éclectique et s’inscrit dans la durée. Dans une vidéo pour les vœux 2014 qu’il re-visionne l’air content de lui, il énumère une parti des 50 propositions. Du droit de vote des étrangers à l’ l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, en passant par la multiplication des initiatives culturelles, et surtout la promotion du multiculturalisme par la création d’un ministère et son inscription dans la Constitution française. Doucement il se prépare aux élections municipales de fin mars. “On est arrivé trop tard pour former des listes seuls pour les municipales mais nous sommes entrain de nous allier avec des partis de gauche afin d’avoir quelques représentants.” Tractage et campagne sont prévus pour le mois de mars. Son objectif est national.

par Elena Fusco, février 2014