FEUILLE DE ROUTE DU GOUVERNEMENT
Intégration: 44 propositions pour lutter contre les discriminations

Au total, 44 propositions composent la feuille de route du Premier ministre sur l’intégration, qui sera remise aux acteurs concernés mardi 11 février à Matignon, lors d’un séminaire. Quelle évolution de l’intégration à la française impliquerait l’application de ce document ? Abdel-Malik Djermoune, qui a fondé le Parti de la Banlieue il y a trois mois pour défendre le multiculturalisme, donne son point de vue sur les propositions engagées.

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– Photo DR

Dévoilée par I>Télé, mercredi 5 février, la « feuille de route » du gouvernement sur l’intégration fondée sur un projet multiculturaliste qui repose sur 44 propositions. Elle sera remise aux acteurs concernés mardi 11 février à Matignon, lors d’un séminaire. Objectif: améliorer la politique d’intégration et lutter contre les discriminations. Au programme:  la lutte contre le refus de soins chez les médecins, un objectif « d’augmentation du taux de réussite aux concours d’au moins 50% d’ici 2015 », mais aussi une meilleure visibilité de certaines langues comme l’arabe, et le mandarin. Au sein de l’administration, une mesure prévoit également d’ « ouvrir et élargir les concours à des populations pour lesquelles la fonction publique reste trop souvent méconnue ». 

Flou politique autour de l’intégration

Au mois d’octobre dernier, Abdel-Malik Djermoune, originaire d’Aubervilliers, a décidé de lancer officiellement son Parti de la Banlieue pour défendre le multiculturalisme. Il s’étonne de cette feuille de route sur l’intégration: « De qui parle-t-on quand on évoque l’intégration ? s’interroge-t-il. Le prisme est tellement vague qu’on ne sait même plus de qui on parle. Parle-t-on des immigrés primo-arrivants, des immigrés âgés de trente ans ou bien ceux qui sont ici depuis trois générations ? Lorsque le débat n’est pas clair, cela devient  rapidement du marketing politique ». « Lorsque nous avons ouvert le débat fin octobre, lors de la création du parti de la banlieue, en disant qu’il fallait éliminer le mot intégration du débat, nous avons choqué beaucoup de gens en faisant ces propositions et avons dû subir un fort silence de la classe politique, bien que je les ai alerté par courrier. Avec cette feuille de route, sur l’intégration, on voit bien que le débat que nous avons initié devient porteur » poursuit Abdel-Malik Djermoune, regrettant qu’on ne le concerte pas encore sur ce thème: « Nous avons fait des propositions et nous avons bouleversé la donne, mais on ne nous inclue pas dans ce débat au niveau national. Il n’y a pas si longtemps aucun politique ne parlait de multiculturalisme : maintenant c’est un sujet que tout le monde essaie de décortiquer pour comprendre, pour critiquer ou semi-approuver tant à travers les médias que la classe politique ».

«Un modèle d’intégration dépassé»

Selon lui, le modèle d’intégration à la française, tel qu’il existe aujourd’hui est « dépassé » : « c’est un modèle qui date du 19e siècle. Cela ne signifie pas qu’il est mauvais, mais les choses évoluent » estime-t-il. « On congèle, on bloque, on ne veut pas évoluer:  on nous ramène au 19e siècle. Lorsqu’on travaille sur l’intégration, il est nécessaire de parler d’égalité des droits, des chances. Le socle du Parti de la Banlieue porte sur le multiculturalisme, car aujourd’hui il n’y a pas de multiculturalisme à la française,  qui porte les valeurs universelles des droits de l’homme, tout en conservant l’identité française » explique-t-il encore.

Création d’un office franco-magrébin : « Une vision digne du 19e siècle »

La feuille de route de l’intégration du gouvernement prévoit aussi la création d’un office franco-magrébin pour la jeunesse. Pour Abdel-Malik Djermoune, cette proposition révèle une nouvelle fois « le problème » qui réside dans la vision du gouvernement. « Ce n’est pas une proposition pour les Français de France d’origine étrangère, je ne voie pas pourquoi ramène-t-on tout, une nouvelle fois,  aux origines de ces personnes. Avec la création de cet office, on veut les  marquer du sceau de la différence : là encore nous nous trouvons dans une vision digne du 19e siècle » explique-t-il.

Ecrit par Louise Michel D. – publié le 11/02/2014